Posté par : Karine Ermenier – Process Alimentaire – Rédactrice en chef adjointe

 08.01.2021

Remis en selle en mars dernier, l’éco-organisme Léko veut apporter une saine concurrence face à l’historique Citeo. Quelles sont ses ambitions et que propose ce nouvel acteur de la filière REP emballages (Responsabilité élargie des producteurs) ? Réponses avec Patrick Bariol, directeur du développement.

Patrick Bariol

Faute de financements, Léko avait dû capituler fin 2017. Que s’est-il passé entre ce moment et sa relance en 2020 ? Patrick Bariol : Léko a été mis en sommeil fin 2017. J’ai rejoint le projet au second semestre 2019 avec pour objectif de le relancer car l’éco-organisme dispose toujours de son agrément pour la période 2018-2022. J’étais auparavant directeur du développement d’Ecologic, l’éco-organisme agréé pour la collecte et le recyclage des déchets électriques. Ma première mission a consisté à reformer un conseil d’administration, ce qui est chose faite depuis mars 2020. Il comprend des membres de Valorie (groupe Reclay), Living Packets, Club Mate, Printerre, Recommerce et Olover.

Quel est le rôle particulier de Valorie, à l’origine de Léko ? Patrick Bariol : Via une relation contractuelle entre nos deux sociétés (ndlr : car un éco-organisme est une société à but non lucratif), Léko a confié à Valorie la mise en œuvre et le développement de l’éco-organisme en France. Sachant que le cabinet-conseil Valorie est la filiale française de Reclay, groupe allemand qui exerce déjà des activités d’éco-organisme en Allemagne, en Autriche, au Canada, en République Tchèque et bientôt en Finlande.

Que comptez-vous apporter de différent au marché ? P.B : Notre première ambition est de donner le choix aux producteurs car la filière REP (Responsabilité élargie du producteur) emballages est gérée par un seul éco-organisme en France, contre 10 en Allemagne par exemple. Nous avons démarché énormément d’entreprises, et sur ce point, aucune ne m’a dit qu’on faisait fausse route. Nous souhaitons proposer une saine concurrence. Ensuite, nous voulons simplifier la vie des entreprises quant à leur déclaration d’éco-contributions et leur apporter plus de transparence sur les données qui peuvent être utilisées dans une approche mutilé-filières ou bien dans une approche internationale. L’entreprise Zalendo, par exemple, a signé un contrat avec Reclay pour gérer la conformité de ses déclarations dans différents pays, dont la France.Et ce, pour différentes filières : pour les emballages mais aussi pour les équipements électriques, les piles et accumulateurs, etc. Chaque pays a sa législation et les entreprises ont autre chose à faire que des déclarations d’éco-contributions. C’est pourquoi nous voulons nous mettre à leur service.

Vos adhérents pourront-ils trouver un avantage en terme de montants d’éco-contributions ? P.B : Notre souhait n’est pas de rentrer dans une concurrence agressive. La construction d’un barème est très compliqué. Il pourra être affiné mais nos grilles tarifaires et nos conditions contractuelles sont pour l’instant proches de celles de Citeo. Nous n’allons pas promettre à nous adhérents de payer 20% moins cher : s’ils nous rejoignent, c’est pour faire évoluer cette filière et ses pratiques.

D’ailleurs, combien de producteurs vous ont déjà rejoints ? Et quels sont vos objectifs ? P.B : Plus de 80 producteurs nous ont déjà rejoints, de toute taille et horizon : le e-commerce, l’import et de gros contributeurs également qui veulent participer à l’émergence d’une concurrence en confiant une partie de leur éco-contributions à Léko et une autre à Citeo. En 2021, nous allons essayer de recruter le plus massivement possible. Sachant que le gâteau est gros, nous allons y aller petit à petit. Et contrairement au premier lancement de Léko, où une équipe projet de dix personnes à dès le début été mie en place, nous allons étoffer les équipes au fur et à mesure de notre évolution.

Compte tenu de l’évolution de la nature des entreprises présentes au conseil d’administration, Léko semble orienter sa stratégie vers le réemploi et la consigne. Est-ce des filières que vous souhaitez pousser ? P.B : Nous ne souhaitons pas réinventer ce qui fonctionne déjà, ni révolutionner la poubelle jaune. Mais notre motivation va clairement être de réduire les emballages mis sur le marché, de collecter et de recycler davantage. Et ce, en étudiante toutes les possibilités. Parmi nos adhérents, nous comptons Repack dans le réemploi, Club Mate dans les bouteilles consignées. Nous devons nous préparer à la mise en place éventuelle de la consigne à compter de 2023, réfléchir à la standardisation des emballages pour le réemploi, aux systèmes de vente en vrac avec contenants réutilisables, etc.

Et les emballages compostables, en est-il question ? P.B : Nous devons juste nous demander s’ils ont du sens et dans quel cadre ? Et pour cela, mettre toutes les parties prenantes autour de la table. Regardez, l’Italie a mis en place un éco-organisme pour les emballages compostables. Ce n’est pas illogique de se poser la question. Tout cela se fera progressivement.