Posté par : Henri Saporta – Emballage Magazine – Journaliste

07.05.2021

Après une année 2020 discrète consacrée à la mise en place administrative, Léko se relance en 2021 avec quelque 200 adhérents pour un chiffre d’affaires global de l’ordre de 2 millions d’euros.

Portait de Patrick Bariol, directeur général de Léko
Agé de 55 ans, Patrick Bariol est devenu directeur général de Léko après en avoir porté le développement pendant deux ans.

Emballages Magazine a eu l’occasion de rapporter les aventures et mésaventures de cet organisme positionné en concurrence de Citeo, l’organisme agréé pour la valorisation des emballages et des papiers au titre de la responsabilité élargie des producteurs (REP) depuis 1992. Avec pour conséquence une mise en hibernation depuis 2018 mais un agrément par les pouvoirs publics toujours en cours. Entretien avec Patrick Bariol, directeur général de Léko.

Emballages Magazine : Patrick Bariol, vous êtes directeur général de Léko. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Patrick Bariol : Je suis le directeur général de Léko depuis le conseil d’administration du mardi 4 mai et j’ai travaillé ces deux dernières années à démarrer l’activité. J’étais auparavant directeur du développement d’Ecologic, l’éco-organisme agréé pour la filière des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) où il existe, depuis l’origine de la filière, une pluralité d’acteurs. Je connais donc bien le mécanisme de la responsabilité élargie des producteurs, les REP financières comme opérationnelles. L’année 2020 était consacrée à la construction de notre offre en conformité avec les exigence de notre agrément validé en novembre. 2021 est donc l’année du déploiement en gagnant de nouveaux adhérents. Trois axes nous guident : faire décoller le taux de recyclage des emballages ménagers, adapter les processus aux différents secteurs d’activité et simplifier la vie des entreprises et s’ouvrir à l’international. Nous voulons faire évoluer le système actuel, qui est monolithique, et apporter des réponses spécifiques à chaque segment.

Pourquoi se lancer maintenant ?

Notre position n’a pas varié depuis la construction de notre alternative à Citeo. C’était en 2016 ! Les fondamentaux sont les mêmes : la concurrence est saine et la simplification est toujours nécessaire. Remplir ses déclarations est toujours aussi chronophage… J’ajoute que le taux de recyclage des emballages ménagers, fixé il y a 10 ans à 75%, stagne à 70%. C’est très loin de l’ambition de 100% de plastiques valorisés en 2025. On peut et on doit donc faire mieux, c’est sûr ! Les nombreuses demandes spontanées que nous recevons depuis plusieurs mois valident le bien-fondé de notre démarche. Il y a un vrai besoin exprimé… Nous en sommes les premiers surpris et évidement ravis de voir notre analyse confortée. Mais depuis la création de Léko, le contexte a beaucoup évolué. Pour toutes les entreprises de la grande consommation, la transition écologique et l’économie circulaire sont clairement une priorité avec les lois Antigaspillage pour une économie circulaire (Agec) et Climat et résilience. Nous considérons que ce contexte est très propice pour nous.

« Les leçons du passé ont été retenues »

Comment éviter de nouveaux déboires ?

Les leçons du passé ont été retenues. La gestion des REP est désormais coordonnée. Nous menons et allons mener régulièrement les concertations nécessaires avec Citeo, prévues par les textes, afin d’adresser des messages cohérents aux consommateurs. Notamment en ce qui concerne les consignes de tri, par exemple. Les pouvoirs publics ont déjà prévu des mécanismes de compensation d’équilibrage financier pour garantir la coexistence d’acteurs concurrents. C’est notamment une des nouvelles missions de l’Ademe, l’agence de la transition écologique. En 2021, nous pouvons compter sur environ deux millions d’euros de chiffres d’affaires avec environ 200 adhérents. C’est certes modeste au regard des 800 millions d’euros de Citeo mais nous démarrons et nous visons 20 millions d’euros dès 2022 pour acquérir notre autonomie financière. Les entreprises peuvent dénoncer leur contrat en cours jusqu’au 31 octobre. Nous serons évidemment candidat à notre réagrément, à l’horizon de 2023.

Comment allez-vous vous développer ?

Nous ne refuserons aucun producteur, bien sûr ! Mais nous pouvons concentrer nos efforts sur des secteurs prioritaires tels que la cosmétique l’IT ou encore l’e-commerce. Zalando, Dr Pierre Ricaud, Lexmark, Epson ou encore Recommerce nous ont déjà rejoint et Livingpackets, start-up nantaise qui développe un concept innovant d’emballages réutilisables, nous soutient depuis le début. Certains adhérents ont d’ailleurs fait le choix de répartir leurs activités entre Citeo et Léko sur des segments différents. C’est ce que fait, par exemple, Yves Rocher ou le groupe Léa Nature avec sa marque Pierre Ricaud en nous confiant l’activité cosmétique, à ce stade. Parmi nos adhérents, nous comptons également des acteurs du secteur incontournable de l’alimentaire comme les biscuits Kambly ou la division confiserie du groupe Andros.

« Notre ambition est d’œuvrer en faveur de l’intérêt général »

Et sur des sujets comme le vrac ou la consigne ?

Nous sommes également en veille sur les nouveaux usages liés au vrac, la consigne ou le réemploi. La loi fixe un seuil de 5% d’emballages réutilisables dès 2023, et pas uniquement dans les emballages ménagers. Grâce à ces leviers et à l’éco-conception, nous allons inciter nos clients à réduire en amont le volume d’emballages. Mais les demandes que nous recevons sont très claires : si consigne pour recyclage il y a, elle doit garantir l’accès équitable à la matière.

Quelle est la valeur ajoutée de votre offre ?

En fonctionnant comme un « guichet unique », nous pouvons déjà aider les producteurs pour leurs obligations relatives aux emballages dans tous les pays où ils opèrent grâce au support du groupe allemand Reclay. Au travers de sa filiale française Valorie, Reclay est à l’origine de la demande d’agrément de Léko en France. Notre vision est de pouvoir offrir de façon transversale le même type de services sur différentes filières, les DEEE ou les piles… Cette approche est aussi valable hors de France. Notre volonté de décharger les entreprises de toutes les démarches lourdes et coûteuses de mise en conformité multi-pays et multi-filières témoigne de notre souci de simplification en offrant à nos adhérents la possibilité de se concentrer sur le cœur de leur business.

Le mot de la fin ?

Nous ne serons pas trop de deux éco-organismes, l’Allemagne en compte 10, pour faire avancer la prévention, le tri, la collecte et le recyclage des emballages en France et mettre en œuvre la nouvelle réglementation de façon très opérationnelle. Il y a de la place pour tout le monde… Notre ambition est d’œuvrer en faveur de l’intérêt général. Nous privilégions une approche commerciale dans une démarche de concurrence constructive.

Par : https://www.emballagesmagazine.com/tous-secteurs/nous-visons-20-millions-d-euros-des-2022-annonce-patrick-bariol-directeur-general-de-leko.63098